
Par cet édito et la voix de notre Fédération, je tiens à apporter mon soutien plein et entier à la jeunesse qui se mobilise – depuis fin août dans les territoires dits d’outre-mer, fin septembre en région parisienne puis partout en France, et plus largement au mouvement social à l’œuvre en ce moment.
Les revendications premières sont simples, et légitimes : pouvoir étudier dans des conditions dignes, et même, en fait, juste pouvoir étudier. Et espérer pouvoir envisager un avenir. C’est dire l’abandon de l’État. Les inégalités devant l’institution scolaire sont tellement flagrantes, et les manquements – de l’État donc – si graves.
Comme dans toute mobilisation sociale, l’élaboration et la pensée politique s’accélèrent, et ces jeunes gens ont vite « dé-zoomé » pour pointer des problématiques systémiques : régime capitaliste néo-libéral, destruction des services publics, racisme/islamophobie systémiques, les forces de l’ordre.
Nous concernant, cette jeunesse c’est nos enfants, et c’est aussi celle que les musicien.ne.s enseignant.e.s ont en cours au conservatoire et dans les écoles de musique ; les étudiant·e·s du CNSMDP et de divers conservatoires se mobilisent elleux aussi et bloquent leur établissement ; en soutien aux lycéen·ne·s mais aussi pour des problématiques locales ; et pour leur avenir professionnel : avenir de plus en plus compromis au vu de la tendance générale en ce qui concerne la culture en France – assèchement progressif des financements publics, budget 2027 (- 174 M€), attaques répétées des extrêmes droites pour interdire des spectacles/concerts, etc.
L’art, la création, leur partage et leur transmission, sont bien des objets politiques (profitons-en pour rappeler ici que « le jazz » est avant tout une musique de résistance et de lutte).
Si l’attaque du secteur culturel est d’abord un symptôme du démantèlement des services publiques, c’en est aussi un de la bascule fasciste opérée par Emmanuel Macron. Cette bascule s’est surtout accélérée de manière sidérante ces deux dernières semaines ; ça avait commencé par une répression policière féroce contre des enfants – littéralement des adultes assermentés chassaient des adolescents de 15 ans dans les rues, les frappants et leur jetant des grenades.
Aujourd’hui, après deux journées à presque 1 million de personnes dans la rue (tribune rédigée avant le 31 octobre), nous en sommes à un gouvernement qui prend des mesures caractéristiques d’un régime autoritaire voire dictatorial – fermetures des réseaux sociaux, interdictions de manifestation, milices d’extrême droite main dans la main avec la police pour attaquer des cortèges, judiciarisation de la répression, traitement indigne des jeunes en garde-à-vue…
Bref, nous sommes bien toutes et tous dans le même bateau, dans notre secteur, mais donc aussi bien au-delà.
En réalité, et pour reprendre l’origine de cette mobilisation, tout cela nous engage en tant qu’adultes (pour les adultes qui liront ce texte 🙂 ) car si la jeunesse se soulève et se révolte, c’est bien que nous, les adultes, avons failli. Nous avons failli à leur offrir un avenir désirable, ou même juste un avenir.
On en est là.
Et iels ont toutes les raisons du monde de se lever contre ça.
L’énergie insufflée par la GenZ est magnifique (et internationale) : joyeuse, créative, intrépide, mais aussi consciente et lucide, exigeante et conséquente, et qui a décidé qu’il était temps de reprendre la main sur son avenir.
Alors, que ce soit en tant que musicienne ou musicien, parent, citoyenne ou citoyen…, organisons-nous collectivement et rejoignons toutes et tous cette mobilisation déjà historique, car comme entendu de la bouche d’un lycéen en assemblée générale :
« Le soutien c’est bien, l’engagement c’est mieux ! »
⭢ Compte Instagram des élèves du CNSMDP mobilisés
⭢ Appel de l’intersyndicale à généraliser la grève à partir du 5 novembre
Par Raphaël Herlem (Les Rugissants / Collectif Gros Caillou)
© Sacha Hannecart-Ségal

