Tribune de novembre

Tribune de novembre

Les musicien·ne·s ont souvent plusieurs métiers, au-delà de la pratique instrumentale, du développement de leurs propres langages musicaux et créatifs, de la composition, de la direction d’orchestre pour certains, du travail de groupe ; ils sont  aussi enseignants, bookers, administrateurs, programmateurs, animateurs de collectifs…

Au nom de quelle logique la présence des musicien·ne·s ne serait-elle pas pertinente à la table des discussions et des décisions, dans un nombre représentatif, quand tout à coup des choix politiques, des orientations qui concernent la diffusion, les financements, l’avenir de la musique doivent émerger ?

Chers amis professionnel·le·s, vous qui œuvrez magnifiquement au sein des institutions, au sein des lieux et festivals, vous qui encadrez des formations sur les métiers  de la culture en spécialistes que vous êtes, vous qui animez des réseaux de diffuseurs aux niveaux régionaux, nationaux, européens, je vous envoie à toutes et tous un appel à une vigilance bienveillante. Nous vivons une époque où le libéralisme s’impose à visage découvert et casse la pensée créatrice, la diversité et ne laisse plus beaucoup de place à l’imaginaire, à la co-construction, à l’horizontalité et à la création finalement. Je souhaite simplement évoquer ici cet état d’esprit que je croise encore souvent, qui tend à nous maintenir, nous, musiciennes et musiciens, dans la case des fournisseurs de matière première, partenaires incontournables mais que l’on souhaite inertes.

Les musicien·ne·s se structurent, imaginent leurs modèles de vie en communautés, interrogent leurs institutions sur la place de la musique et ses relations aux publics. Ils sont acteurs des politiques culturelles au même titre que les lieux, les festivals et les collectivités. Tous acteurs et tous différents, nos objectifs ne se concurrencent pas, ils s’additionnent.

Nos ennemis sont l’uniformisation, le profit financier tout puissant, le libéralisme. Ils incitent chacun d’entre nous à s’y référer pour construire les relations entre nos différents corps de métiers, ils incitent les directeurs de lieux et de festivals à voir les musiciens comme d’agressifs marchands, ils incitent les musiciens à regarder ces mêmes directeur·rice·s comme des cibles à atteindre, ils incitent les institutions à se questionner sur la rentabilité en terme de nombre de vues et de streaming des œuvres, etc. Cela nous divise et finalement ne sert pas nos musiques et encore moins les publics qui devraient avoir la chance de pouvoir les entendre chaque soir dans toutes les villes de France, là est notre objectif.

Pensons autrement, nous serons tous plus heureux ensemble, j’en suis certain.

Christophe Rocher, directeur artistique de l’Ensemble Nautilis et membre du Conseil d’Administration de Grands Formats

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