Tribune Libre

Tribune Libre

Et voilà le printemps !

Entre l’affaire « Théo » et le Pénélope Gate, ces dernières semaines ont été marquées par un triste spectacle médiatique, aggravant un climat de défiance et de déception vis-à-vis de nos élus et des forces de l’ordre, deux figures dont l’intégrité aurait semblé indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. Ces deux affaires auront eu peut-être pour seule vertu de replacer avec urgence la « chose publique » au coeur de nos discussions, notamment entre musiciens (ce qui à mon sens manquait cruellement).

En tant qu’artistes, quelle est cette place et cette fonction que nous occupons, que nous souhaiterions occuper? À qui veut-on faire parvenir notre musique, notre expression? À travers les concerts (publics ou privés), nous avons de plus ce privilège de pouvoir circuler activement entre les classes sociales, peut-être comme aucune autre catégorie professionnelle, et je crois que nos prises de positions en sont d’autant plus nourries.

Pourquoi cette question de l’engagement est-elle entre nous un sujet si tabou ? La politisation du milieu du jazz, qui marquait les années 60-70, semble aujourd’hui marginalisée, quand bien des musiques que nous admirons et qui nous ont peut-être poussés à devenir musiciens se sont construites en lien étroit avec des mouvements de revendications (blues, punk, jazz, rebetiko,…)

J’appartiens à une jeune génération de musiciens qui a l’impression de n’avoir rien connu d’autre qu’un contexte professionnel dit de « crise ». Peut-être de ce fait, notre rapport à la politique, en lien avec nos pratiques ou dans une vision globale de la société, alterne plus facilement de l’indifférence à la sidération, de l’indolence à la gravité, avec une certaine discontinuité.

Mais notre volonté, notre besoin de rêver en orchestre ne tarit pas, et cette année encore de nouveaux orchestres amis de la jeune génération nous ont rejoints. Le travail des uns pour les autres, la solidarité et la fraternité entre les musiciens apparaît plus que jamais nécessaire pour la vie de nos projets.

 

Il y a presque un an nous avons vécu de manière concomitante deux mobilisations cousines et massives. La première autour de la refonte du régime de l’intermittence, qui révélait une fois de plus la vision réductrice et négative d’une partie de la société française concernant les « intermittents », mais aussi la faible participation de musiciens aux mobilisations, pourtant aussi concernés que leurs collègues cinéastes, comédiens, techniciens et danseurs, qui fournissaient les réunions et les manifestations. La deuxième, cristallisée autour du mouvement contre la loi travail, qui a accouché du mouvement Nuit Debout : « lieu de réappropriation citoyenne du débat démocratique et de convergences des luttes » occupant singulièrement les places publiques et donnant lieu à un espace d’échange nouveau.

On connaît le destin fragile et mitigé qu’ont eu ces deux mobilisations. Tirons-en les enseignements pour qu’à défaut de soleil, le printemps qui arrive soit comme le dernier, au moins le nôtre.

 

Grégoire Letouvet – Les Rugissants

Il n'y a pas encore de commentaire, soyez le premier

Laissez un commentaire



Les articles

Suivez la fédé

© 2015 Grands Formats - tous droits réservés -