Assises de la jeune création, on contribue !

Assises de la jeune création, on contribue !

A la demande du Ministère de la Culture, Grands Formats a contribué à la discussion autour des « Assises de la jeune création ». Retrouvez l’intégralité de cette contribution écrite ci-dessous (ainsi que le courrier et le cadre de réponse du Ministère en bas de pas).

Contribution de Grands Formats aux assises de la jeune création

1/ Diversité

Si la question de la jeune création est importante, elle ne peut l’être que si elle se pose comme objectif d’assurer à toutes les générations les moyens d’une production artistique, jeunes et moins jeunes.

Etre jeune n’est pas un gage de qualité artistique.

La politique publique peut s’attacher à la question du renouvellement des équipes artistiques (et non au remplacement comme cela est souvent le cas pour des raisons budgétaires sur certaines commissions d’aides), mais cela ne trouve de sens que si elle s’attache à un soutien tout au long de la carrière artistique.

De même, si l’on entend par diversité la manière de produire cette diversité artistique au travers d’œuvres, de formes et d’esthétiques différentes, elle ne peut être le fruit que de l’esprit et de la volonté des artistes eux-mêmes et en aucun cas subrogée à une réflexion sur des pratiques pédagogiques à remettre en cause.

La diversité artistique naît de la diversité des parcours, des vécus et des expériences personnelles avant tout. Le mélange des générations est une richesse potentielle immense et segmenter de façon trop insistante le monde de la création en catégorie générationnelle risquerait d’aboutir à des luttes stériles et destructrices qui fragiliseraient un milieu déjà très affaibli.

 

2/ Formation

La France dispose d’un des plus importants réseaux de structures d’enseignement, aujourd’hui mises à mal par le retrait de l’Etat (aides au CRR notamment) au profit des collectivités territoriales, menaçant ainsi l’égalité d’accès à des formations (amateurs ou pré-professionnelles) de qualité.

Il serait donc opportun, si l’Etat souhaite se porter garant d’une égalité d’accès partout sur son territoire, qu’il réaffirme son rôle prescripteur auprès des collectivités territoriales

N.B. : Il y a à ce jour en France plusieurs exemples de collectivités (villes ou communautés d’agglomérations) préférant renoncer au label de l’Etat plutôt que de conserver des Professeurs d’Enseignements Artistiques (professeurs titulaires du CA) coûtant plus cher que des Assistants d’Enseignement Artistique (professeurs titulaires du DE).

 

3/ Emergence

Il conviendrait tout d’abord de définir clairement ce que recouvre ce terme utilisé de manière assez généralisée aujourd’hui : parle-t-on d’artistes encore non structurés ? Non reconnus professionnellement par leurs pairs ? Par les professionnels ? Les moins de 30 ans ? De 40 ans ? La définition varie en fonction des dispositifs qui concerne cette catégorie encore floue.

Cf. point 1 sur la question de la non-pertinence à s’engager exclusivement sur un soutien à l’émergence.

De plus, certains secteurs tels que le jazz, les musiques improvisées, comme la musique contemporaine, sont des secteurs où l’impression est souvent répandue de ne jamais réellement émerger : faible exposition, économie fragile, peu de prise en compte de sa spécificité dans les dispositifs d’aide. Ce phénomène est en réalité dû à la confusion qui existe entre le secteur marchand qui propose des offres musicales à vocation plus divertissantes et le domaine de la création musicale qui, lui, réclame comme dans le cas des musiques classiques et contemporaines, un accompagnement soutenu qui ne relève pas de la notion d’émergence mais bien d’un accompagnement généralisé au titre du service public.

 

4/ Repérages

Jumeler les questions de repérage artistique à la question du numérique est assez réducteur dans un secteur comme la création artistique ou la prescription et la légitimation par les professionnels reste la norme.

Attention à la tentation de rendre plus populaire le choix de ce qui doit exister ou non au nom de prétendues pratiques participatives.

Sur la question du numérique comme élément ayant permis de rebattre les cartes du repérage artistique, cela reste assez peu pertinent du point de vue de la création artistique (en dehors de nouvelles formes numériques, arts urbains etc).

De plus, il nous semble que ce qui émerge aujourd’hui de ce repérage numérique est avant tout basé sur la capacité que ceux qui les réalisent ont de « faire le buzz », c’est à dire de leurs capacités à faire ni plus ni moins du marketing adapté à internet. Il y a 10 ou 15 ans une réflexion sur le repérage numérique aurait été pertinente. Aujourd’hui, c’est le monde des industries de la culture qui a entièrement envahi ce milieu (pour preuve l’omniprésence de la publicité associée à toute nouveauté qui fait de l’audience sur le net). Il nous apparaît que ce qui est mis en avant relève plus souvent de la nouveauté que d’une réelle création.

Dès lors comment construire des process permettant une égalité de traitement entre les diverses formes et diverses esthétiques dans la création artistique ? Notamment pour tout ce qui se trouve hors champ des industries culturelles ?

Il faut regarder plus loin dans le futur et faire le pari que le public, qui depuis quelques dizaines d’années consomme des biens numériques, voudra à l’avenir avoir de plus en plus un contact réel avec les musiciens. L’avenir de la musique restera sur scène.

La question de l’expertise du repérage artistique peut également être posée.

 

5/ Mobilité

A l’heure où la diffusion est de plus en plus problématique, ou les lieux de diffusions voient leurs marges artistiques diminuées et leur prise de risque sur les projets artistiques considérablement réduite, la question de la mobilité des artistes ne se pose plus seulement à l’international comme avant, mais également sur le territoire national. Peu de dispositifs permettent d’accompagner le rayonnement artistique que cela soit en local (extrême difficulté pour les équipes franciliennes notamment malgré des aides spécifiques de la Région), au national (prééminence de la « tête d’affiche » ou de la proposition artistique « populaire ») ou à l’international.

Sur ce dernier point, peu de possibilités sont offertes : pour la musique, le Bureau Export s’attache à accompagner l’industrie phonographique (induisant une surreprésentation des musiques de variétés au détriment de la création musicale), l’Institut Français ne propose que peu d’appels à projets précis, le reste de son action reste très obscure dans son fonctionnement pour les équipes artistiques, seules les sociétés civiles représentent un coup de pouce pour s’exporter (Spedidam notamment pour la musique).

L’Etat ne valorise pas pour les équipes artistiques qu’il soutient, conventionnées ou en structuration, le rayonnement international sur ses commissions, et le montage de projets européens est souvent bien trop lourd pour être réellement démocratiques.

 

6/ Solidarité et transversalités

Si le compagnonnage est important d’un point de vue de la structuration et de l’appropriation du fonctionnement d’un secteur d’activité tel que le secteur de la création artistique, peut-on réellement parler de compagnonnage artistique ? Le « faire » n’est-il pas pour un jeune artiste la seule manière de faire évoluer son travail ?

De plus, la notion d’accompagnement (étymologiquement « cheminer avec ») est malheureusement très souvent devenue vide de sens. La seule manière d’accompagner efficacement une équipe artistique est de faire en sorte qu’elle devienne autonome, or l’existence d’une équipe artistique dans le secteur de la création artistique reste souvent très fortement soumise aux financements publics… dès lors les notions d’autonomie et d’indépendance sont très relatives.

Si l’accompagnement peut se résumer dans le milieu de la variété à du coaching, le fonctionnement des musiciens, des ensembles, des compagnies musicales, des collectifs évoluant dans le domaine de la création musicale nécessite un accompagnement d’une toute autre ampleur car dans les champs esthétiques où ils évoluent, ils assument à eux seuls quasiment toutes les tâches de la filière (création, production, administration, recherche de financement, communication, diffusion etc.)

Concernant la transversalité, une création artistique est-elle meilleure parce qu’elle fait appel à une certaine transversalité ? Ou l’est-elle uniquement parce qu’elle bénéficie d’un regard positif de l’institution ? La transversalité comme nouvelle modernité ?

Il nous semble que la transversalité n’est en rien un gage de qualité artistique. Elle peut permettre de grandes choses, elle peut être aussi un prétexte à obtenir plus facilement des aides ou une façon de cacher le vide derrière un concept qui n’a aucun sens s’il est détaché d’une intention forte. Nous voyons aussi que cette notion permet, en agrégeant des disciplines, d’inciter à faire des économies d’échelle. Est-ce là l’avenir de la création artistique ?

Nous proposons avec les 40 grands formats que nous représentons, les 600 musiciens que nous faisons travailler sur nos créations et nos répertoires, de voir l’avenir comme une possibilité de faire encore de magnifiques créations musicales, de magnifiques créations mêlant aussi parfois musique, danse, théâtre, arts numériques, bref de pouvoir faire des choix qui assurent au public l’accès à toutes les formes de création.

Et ainsi de permettre aux jeunes artistes d’aujourd’hui, mais aussi à ceux qui leur succèderont, d’être vraiment libres de créer l’art de demain.

Grands Formats, mai 2015

Lettre et document de travail transmis en amont par le Ministère de la Culture : assises jeune création

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